Biographie de Jean Royère

Jean Royère (1902-1981)

Biographie

Issu d’une famille bourgeoise et cultivée, Jean Royère se détourne d’une carrière dans l’import-export pour se consacrer à la décoration à l’âge de trente ans. Ses débuts dans une fabrique de meubles du faubourg Saint-Antoine lui permettent de s’initier aux plus hautes exigences de l’artisanat parisien.

En 1931, à l’occasion de sa première commande réalisée pour son oncle Jacques Raverat, Jean Royère crée un mobilier de jardin aux lignes étirées qui annonce un style personnel, affranchi de toute convention. Le succès qu’obtient son décor en métal chromé de la brasserie Le Carlton, avenue des Champs-Élysées, le consacre comme une figure émergente de la décoration. En 1934, remarqué par le fabriquant Pierre Gouffé, Jean Royère se voit confier la responsabilité d’une section de mobilier contemporain.

Lors de l’exposition universelle de 1937, pour laquelle dix-sept ensembles lui sont commandés, Jean Royère est célébré comme l’un des décorateurs les plus originaux et les plus créatifs du moment. Devenu sociétaire du Salon des artistes décorateurs, il présente en 1939 un boudoir dont l’originalité marque une rupture dans sa carrière. Dans une gamme de couleurs acidulées, Jean Royère développe un répertoire ornemental librement inspiré du monde animal et végétal : le fauteuil Éléphanteau, la chaise Trèfle, le lampadaire Champignon et l’applique Bouquet participent de cet univers poétique qui atteindra son épanouissement après-guerre.

En 1942, Jean Royère ouvre sa propre agence au 5, rue d’Argenson à Paris, puis, en 1949, une grande galerie au 182, rue du Faubourg Saint-Honoré. Émancipé du courant fonctionnaliste, le décorateur incarne le retour à l’ornement. Ce dernier préside à la conception de ses aménagements, comme en témoigne le bureau d’une femme d’affaires parisienne en 1947, entièrement habillé de tôle perforée. Les motifs de cercles, de croisillons et de chevrons s’invitent dans les moindres éléments de décor. Les courbes en tube métallique de l’applique Liane s’entremêlent et envahissent la cimaise du Salon des artistes décorateurs de 1959. Jean Royère gagne l’attachement de clients tels que Gaston Dutilleul, qui lui reste fidèle de 1949 à 1972, ou encore le chanteur Henri Salvador, pour lequel il conçoit un mobilier en marqueterie de paille à motif d’étoiles en 1955.

Les commandes publiques achèvent d’établir sa notoriété. Dès 1948, il est chargé du décor de l’ensemble des pièces de réception du consulat de France à Alexandrie. Décorés en 1950, les salons de la nouvelle légation de France à Helsinki, où il dispose des fauteuils Boule de couleur vive, attestent une grande liberté de conception.

Le succès et l’activité inépuisable de Jean Royère l’amènent rapidement à s’ouvrir à une clientèle étrangère, séduite par sa fantaisie décorative. Il inaugure des magasins au Proche-Orient, puis en Amérique du Sud : Le Caire en 1946, Beyrouth en 1947, Lima en 1955 et São Paulo en 1957. Associé à l’architecte libanais Nadim Majdalani, il s’atèle aux chantiers de vastes hôtels comme Le Capitole à Beyrouth en 1953, l’Ambassador Hotel à Jérusalem en 1955, l’Amman Club en 1958. Le décorateur obtient la faveur des dirigeants et des souverains de la région, tels que le roi Hussein de Jordanie, le roi et la reine d’Arabie Saoudite et le Shah d’Iran, pour lequel il dessine une salle de cinéma en 1958.

En 1972, au terme d’une longue et riche carrière cosmopolite, Jean Royère interrompt ses activités de décorateur et partage son temps entre les États-Unis et la France.

 

Portrait de Jean Royère, vers 1930
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